Amizmiz dans les récits et les cartes historiques
Amizmiz figure dans les sources écrites depuis plusieurs siècles. Les récits des voyageurs européens ayant visité le Maroc au cours des cinq cents dernières années comportent presque toujours des passages sur leur traversée d’Amizmiz. Ce fut particulièrement le cas au XIXe siècle, lorsque des explorateurs britanniques y faisaient étape en route vers l’Atlas. Avant la construction des routes modernes, la ville constituait un arrêt important pour ceux qui espéraient franchir la chaîne montagneuse.
Comme d’autres villes marocaines, Amizmiz a toutefois porté différents noms au fil du temps. Parmi les variantes orthographiques figurent Imizmizi, Imizimiz, Imizmiza, Imizmiz, Imisimis, Imismis, Amsmis, Amsmiz, Amismiz et Amezmiz. Il ne fait néanmoins aucun doute que, dans chaque cas, l’auteur ou le cartographe désignait l’actuelle Amizmiz.
Les citations historiques ci-dessous sont traduites en français à partir des textes anglais reproduits sur le site d’origine.
Léon l’Africain
Léon l’Africain (1494-1554) rédigea les premières descriptions détaillées du Maroc publiées en Europe. Son ouvrage, intitulé Description de l’Afrique, parut à Venise en 1550 ; une traduction anglaise fut publiée en 1600. Il contient des passages consacrés à de nombreuses villes marocaines, dont certaines seulement existent encore aujourd’hui. Parmi elles figure une ville appelée « Imizmizi », l’actuelle Amizmiz.
« Sur une certaine partie de l’Atlas se trouve une ville appelée Imizmizi […] que les Anciens auraient bâtie. Près de cette ville passe la grande route qui mène à Guzula par les montagnes de l’Atlas […] où la neige tombe souvent. Non loin de la ville s’étend également une très belle et vaste plaine, longue de trente milles, qui rejoint le territoire de Maroco (Marrakech). Cette plaine extrêmement fertile produit un grain d’une qualité telle que je n’en ai, à mon souvenir, jamais vu de semblable, et sa farine est parfaite. Les Arabes et les soldats de Maroco maltraitant fortement cette campagne, sa plus grande partie est dépourvue d’habitants. J’ai même entendu dire que de nombreux citoyens avaient abandonné la ville elle-même, préférant partir plutôt que de subir chaque jour tant de difficultés. Ils possèdent très peu d’argent, mais cette rareté est compensée par l’abondance de bonnes terres et de céréales. »
Luis del Mármol Carvajal
Luis del Mármol Carvajal (1520-1600) rédigea au XVIe siècle un autre ouvrage sur l’Afrique, intitulé Description générale de l’Afrique, dont la première édition espagnole parut en 1573. Au chapitre 38 du livre III, Carvajal consacre une section à « Imizimiz », reprenant en grande partie directement le texte de Léon l’Africain. Sa conclusion comporte toutefois une note optimiste. Alors que Léon avait observé que la région d’Amizmiz perdait des habitants à cause d’incursions extérieures, Carvajal termine ainsi : « Elle est maintenant très peuplée et ses habitants ont été bien traités grâce à un Almoravide nommé Sidi Canon, qui en était originaire. »
Les cartes d’Abraham Ortelius
Outre sa présence dans différents récits historiques, Amizmiz apparaît sur de nombreuses cartes du Maroc, autre signe de son importance. La plus ancienne et la plus remarquable est l’atlas de 1570 d’Abraham Ortelius, intitulé Theatrum Orbis Terrarum. Généralement considéré comme le premier atlas moderne, il réunissait 53 cartes couvrant le monde alors connu. Sa carte de la « Barbariae », ou côte des Barbaresques, représente les territoires actuels du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. La grande ville de « Marocho » (Marrakech) y figure, de même que la petite ville d’« Imizinizi ». Cette orthographe résulte sans doute d’une erreur de copie du nom « Imizmizi » employé par Léon l’Africain : le second « m » aurait été transcrit comme les lettres « in ». Cette erreur fut corrigée sur la carte du Maroc publiée par Ortelius en 1595.
Ci-dessous, un détail de la carte de la côte des Barbaresques de 1570 montre « Imizinizi » et « Marocho » :

En 1595, Ortelius réalisa une carte du Maroc corrigeant celle de 1570. Amizmiz y apparaît désormais sous la forme « Imismis ». La grande ville de « MARRVECOS » (Marrakech) est également visible :

La carte de Nicolas Sanson
L’une des principales raisons de l’importance d’Amizmiz pour les explorateurs européens du XVIe au XIXe siècle tenait à son rôle d’étape avant la traversée de ce que nous appelons aujourd’hui le Haut Atlas. Léon l’Africain le signale dans sa description d’Amizmiz, et une carte de 1655 du Français Nicolas Sanson en fournit une autre preuve. Sa carte du Maroc place clairement « Imizmiza » à côté d’un itinéraire franchissant les montagnes vers la région de « Guzula ». La ville de « Marochvm » (Marrakech) y est également visible :

La carte anglaise de S. Bulton
La carte anglaise réalisée par S. Bulton en 1800 situe « Imizmizi » tout juste à l’intérieur du « Kingdom of Maroco » (Royaume du Maroc). Cela indique que la ville aurait constitué l’une des dernières étapes encore placées sous l’autorité du sultan avant l’entrée dans les montagnes :

Les explorations britanniques du XIXe siècle
Le XIXe siècle vit grandir l’intérêt britannique pour le Maroc et sa géographie. La publication en 1809 de An Account of the Empire of Marocco, de James Grey Jackson, fut l’un des premiers témoignages directs d’une personne ayant longuement séjourné dans le pays. Jackson reconnaissait la rareté des informations fiables sur le Maroc et estimait que « Léon l’Africain est peut-être, à très peu d’exceptions près, le seul auteur à avoir dépeint le pays sous son véritable jour » (p. 11).
Le premier volume du Journal of the Royal Geographical Society, publié en 1831, contient le récit de l’expédition menée au Maroc par le lieutenant Washington durant l’hiver 1829-1830. Celui-ci voyagea au sud de Marrakech dans l’Atlas, mais resta au nord-est d’Amizmiz et ne mentionna donc pas la ville. Ses remarques sur la région et ses habitants sont néanmoins intéressantes : « Que savons-nous peu des retraites centrales de l’Atlas ! Ces vallées sont sans doute toutes habitées par une race d’hommes probablement aussi peu mélangée qu’il en existe, dont on ne sait rien, à peine même quelques mots de leur langue ! Voilà un terrain pour un esprit curieux » (p. 149).
De nombreux explorateurs relevèrent ce défi au cours du siècle. L’exploration de l’Atlas fut même l’un des grands projets récurrents des membres de la Royal Geographical Society pendant ses sept premières décennies. Dans presque tous les cas, Amizmiz figurait sur l’itinéraire des Britanniques venus étudier les peuples, la flore et la géographie de l’Atlas.
1836 — John Davidson
En août 1835, le grand voyageur John Davidson entreprit une expédition qui devait, espérait-il, le mener jusqu’à Tombouctou. Il fut malheureusement tué à environ vingt-cinq jours de marche de la ville. Son récit de voyage au Maroc regorge toutefois de rencontres personnelles avec des Marocains arabes et berbères. Publié à titre posthume par son frère en 1839 sous le titre Notes Taken during Travels in Africa, le journal de Davidson comporte des entrées datées des 21, 22 et 23 février 1836 consacrées à la ville d’« Almishmish », que son frère identifie en note comme « Imizmizi ». Les voici :
Dimanche 21 février — Therm. 47°
Notre route était très belle, mais éprouvante, car nous continuions à monter. Certains ravins surpassent tout ce que j’ai jamais vu. Nous avons croisé plusieurs citernes bâties le long de l’itinéraire pour la commodité des voyageurs ; l’eau était excellente. J’ai ramassé de nombreux spécimens curieux. À trois heures de l’après-midi, nous avons traversé la Nefísah, une rivière imposante. Au-dessus se trouve la ville d’El-Arján, où nous avons vu les femmes porter sur la tête d’étranges compositions florales et certains fakirs ornés de curieux accessoires. Nous n’avons atteint Almishmish [Amizmiz] que peu avant la nuit. Le cheikh Sídí Mohamed Ben Aḥmed est un grand caïd, qui nous a envoyé de nombreux présents. Cette journée, que j’espérais facile, s’est révélée la plus difficile de toutes celles que nous avions parcourues. Mon cheval est si épuisé que nous devrons rester ici toute la journée de demain.
Lundi 22 février — Therm. 50°
Il a un peu plu pendant la nuit. Les puces m’ont tellement mordu que je ressemble à une personne atteinte de la variole. Notre trajet d’hier était de vingt milles, vers l’ouest-sud-ouest ; nous avons parcouru une partie du chemin dans le lit asséché d’une rivière. J’ai trouvé ici différentes pierres mêlées et une source presque comparable à celle de Vaucluse. De nombreux moulins étaient dispersés dans cette très belle campagne. Nous sommes allés déjeuner avec le caïd dans son jardin ; tout fut servi en grand apparat. J’ai reçu beaucoup de cadeaux et soigné de nombreux patients, surtout des femmes âgées. On m’amena notamment un homme attaqué alors qu’il travaillait aux champs, les deux bras brisés et la moitié du nez tranchée : j’ai remis cette dernière partie en place et réduit les fractures, pour lesquelles j’ai dû fabriquer des attelles […] Beaucoup de femmes d’ici sont malades, mais je n’ai aucun remède pour elles. Le chef des Juifs m’a fait appeler afin de me témoigner son hospitalité, mais je n’ai pas d’appétit […] Je dois néanmoins lui rendre visite, ainsi qu’à sa famille […] Il faudra longtemps, très longtemps, avant que j’oublie cette visite […] Je suis rentré vers onze heures du soir ; il faisait très froid.
Mardi 23 février — Therm. 50°
Le froid devint vif. J’ai remarqué en chemin leur étrange façon de conserver les céréales dans de grands paniers enduits de plâtre et posés sur les toits des maisons, où ils offrent un aspect très singulier. Nous avons encore reçu des présents avant notre départ, qui n’eut lieu qu’à neuf heures du matin.
1839 — Royal Geographical Society
Le neuvième volume du Journal of the Royal Geographical Society évoque l’exploration du Maroc effectuée auparavant par Davidson et mentionne précisément son itinéraire par Amizmiz. Cela contribua sans doute à faire de la ville une étape habituelle pour les explorateurs britanniques ultérieurs. Le passage concerné est reproduit ci-dessous :
« Au Maroc, le carnet sommaire du regretté Davidson nous apprend que, suivant les traces de la mission britannique de 1830 relatée dans le premier volume du Geographical Journal, il partit de la ville de Maroc et traversa la plaine en direction du sud-sud-est vers l’Atlas, jusqu’à la ville en ruine de Tasremút, située à 3 000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Se tournant ensuite vers l’ouest, il poursuivit sa route dans les vallées de l’Atlas par un itinéraire absent de toutes nos cartes et que seule celle de M. de Gråberg nous permet de retracer partiellement. Passant à quelques milles du site d’Aghmát Warikah, il semble être sorti des montagnes au-delà d’un lieu appelé Amishmish, peut-être l’Imizmizi de nos cartes, avant de traverser la plaine vers Mogador. Les géographes ne peuvent qu’être reconnaissants à M. Thomas Davidson, frère du voyageur, d’avoir permis la publication de ses notes sommaires sur cet itinéraire inédit » (p. lxxii-lxxiii).
1871 — Joseph Hooker
Proche ami de Charles Darwin, Sir Joseph Dalton Hooker fut l’un des plus grands botanistes et explorateurs britanniques du XIXe siècle. Pendant vingt ans, il dirigea les Jardins botaniques royaux de Kew. C’est au cours de cette période, en 1871, qu’il se rendit au Maroc afin de recueillir des spécimens végétaux et animaux. Le récit de ce voyage, rédigé avec John Ball, parut sous le titre Journal of a Tour in Marocco and the Great Atlas (1878). Il contient la description la plus détaillée d’« Amsmiz » publiée jusque-là. Hooker décrit longuement la géographie, la flore et les personnalités d’Amizmiz et de sa vallée. C’est d’ailleurs par cette vallée que Hooker et Ball gravirent l’Atlas jusqu’au sommet alors connu sous le nom de Djebel Tezah, d’où ils observèrent la vallée du Souss avant de revenir à Amizmiz. Parmi l’abondance de leurs observations, voici quelques passages remarquables :
« [Amizmiz] est le lieu le plus important du versant nord du Grand Atlas et, par le nombre de ses habitants, mérite peut-être le rang de ville. Il occupe une plateforme rocheuse plane, légèrement surélevée par rapport à la plaine voisine et près de 200 pieds au-dessus du cours d’eau qui sort des montagnes toutes proches et que, faute d’autre nom, nous avons appelé le torrent d’Amsmiz » (p. 246).
« Le gouverneur [d’Amizmiz] se montra courtois et même amical et déclara, en termes généraux, être prêt à faciliter les objectifs de notre voyage. Les objets que Hooker lui offrit — une boîte à musique, une lorgnette d’opéra et un long couteau à gaine — semblèrent lui plaire. Mais lorsqu’on y ajouta un thermomètre et que l’on tenta de lui en expliquer l’usage, il le rendit aussitôt, affirmant qu’il ne lui serait d’aucune utilité et qu’il préférerait de beaucoup une paire de pistolets » (p. 248).
« Dans l’après-midi, nous sommes sortis nous promener et avons pu nous faire une meilleure idée du paysage. La situation d’Amsmiz rappelle quelque peu celle des villages du Piémont établis à l’entrée des vallées intérieures des Alpes, et davantage encore certains lieux semblables des Apennins d’Italie centrale et méridionale. Les hautes collines qui forment l’extrémité des contreforts du Grand Atlas descendent assez brusquement vers la plaine, tandis que le torrent en sort par une gorge si étroite qu’aucun chemin ne peut la longer pour pénétrer dans la vallée. Les arbres qui couvrent naturellement les chaînes extérieures des Alpes sont ici très rares ; le versant supérieur, comme souvent dans les Apennins, est couvert de broussailles et d’arbustes bas, tandis que les pentes inférieures sont en partie cultivées ou plantées d’oliviers et de figuiers. Depuis le plateau où se trouvait notre camp, près de la ville d’Amsmiz, à 3 382 pieds (1 030,7 m) au-dessus du niveau de la mer, nous avons descendu des talus escarpés jusqu’au torrent. Nous l’avons suivi quelque temps en recueillant des plantes, puis avons parcouru des champs bordés de hautes haies où poussaient quantité de plantes grimpantes. La principale découverte de notre excursion fut une curieuse nouvelle espèce de Marrubium, dont les capitules sphériques sont hérissés de longues soies rigides recourbées à leur extrémité, formées par l’allongement des dents inférieures du calice » (p. 249).
1887 — Walter Harris
Membre de la Royal Geographical Society, Walter B. Harris participa en 1887 à une mission diplomatique officielle auprès du sultan du Maroc à Marrakech (illustrée ci-contre). Dans son livre The Land of an African Sultan, publié en 1889, Harris raconte son séjour à Marrakech et certains voyages entrepris par les membres de la mission.
Quatre d’entre eux, dont Harris, reçurent du sultan Moulay Hassan l’autorisation spéciale de visiter l’Atlas en mai 1887. On leur fournit un interprète, quatre soldats, plusieurs domestiques ainsi qu’une lettre du sultan : « Avec l’aide de Dieu, nous autorisons les quatre Anglais porteurs de cette lettre à voyager dans toutes les parties de notre Empire où il n’existe actuellement aucun danger. Ils ne devront toutefois pas pénétrer dans les régions dangereuses ou dont les habitants sont en rébellion, qu’il s’agisse des plaines ou des montagnes. J’ordonne à ceux dont c’est la charge […] de veiller sur eux et de répondre attentivement à leurs besoins, de les accompagner, de leur fournir une escorte convenable, de leur signaler les lieux dangereux et de leur conseiller de ne pas y entrer. — Moulay Hassan »
Au cours de leur voyage, les Anglais visitèrent l’Ourika, Asni, puis Amizmiz. Harris nota qu’« Amsmiz est un lieu d’une certaine taille et d’une réelle importance. Il possède un “mellah”, ou quartier juif, séparé de la ville fortifiée, dont les mosquées et la porte sont remarquables. Dans l’ensemble, c’est un endroit très pittoresque, situé à l’entrée d’une vaste vallée » (p. 238).
Pendant plusieurs jours à Amizmiz, le groupe explora cette vallée et certains villages de montagne voisins : « Tôt le lendemain matin, nous sommes partis en remontant la vallée par le côté droit. Le chemin, simple trace au flanc du précipice, n’était pas bon : il ne dépassait nulle part deux à trois pieds de large et était d’autant plus glissant. Chevaucher sur de telles routes n’a rien d’agréable, surtout lorsqu’une rivière tumultueuse se précipite des centaines de pieds plus bas et que l’on finirait par y tomber […] si le cheval faisait un seul faux pas. Après environ deux heures et demie passées plus ou moins à retenir notre souffle, nous avons débouché dans une vallée perpendiculaire à la précédente. Tout au long du chemin, le paysage était grandiose. Très en contrebas bouillonnait la rivière ; ses rives, d’un vert éclatant, portaient d’étroites bandes de champs de céréales et des bosquets de noyers, tandis qu’une ligne de lauriers-roses cramoisis en soulignait le bord. La vallée où nous sommes entrés était ravissante. À son extrémité, là où elle s’ouvre sur la grande vallée, se trouve un village assez important nommé Imminteli. Au pied de ses murs coule une rivière rapide, limpide et profonde, dont le lit est taillé dans la roche vive. De chaque côté s’étend une pelouse verte, entièrement ombragée par d’immenses noyers. Nous avons traversé la rivière quelques centaines de mètres plus haut, à l’endroit où elle jaillit de la roche, lieu des plus singuliers : il n’y a aucune grotte, seulement un bassin au pied du précipice, une eau claire et profonde du centre de laquelle surgit le courant, loin sous la surface transparente » (p. 240-241). La vallée d’Amizmiz, le village d’Imintala [Imminteli] et cette célèbre source devenue rivière au milieu de l’herbe et des noyers peuvent toujours être visités aujourd’hui. Consultez notre carte des villages et l’itinéraire de notre excursion sur mesure.
1888 — Joseph Thomson
Géologue et explorateur écossais, Joseph Thomson était célèbre pour ses voyages à travers l’Afrique. Membre de la Royal Geographical Society, il se rendit dans l’Atlas en 1888. L’année suivante, il publia le récit personnel de cette expédition sous le titre Travels in the Atlas and Southern Morocco: A Narrative of Exploration. Il y décrit la géographie et les habitants d’Amizmiz ainsi que la vallée fluviale située au sud. Il est également, à notre connaissance, le premier à avoir photographié Amizmiz.
Thomson commence sa description par un aperçu géographique : « Amsmiz se trouve au pied de la terrasse montagneuse extérieure de l’Atlas, près de l’entrée d’une gorge étroite à travers laquelle on aperçoit l’épine dorsale de la chaîne, distante de seulement huit milles. D’après notre thermomètre à ébullition, la ville se situe à 3 020 pieds au-dessus du niveau de la mer » (p. 282).
Il évoque également les habitants, notamment l’importante communauté juive. « Nous estimions la population de la ville d’Amsmiz à environ 2 000 personnes, dont une proportion très considérable de Juifs » (p. 283). Selon lui, les Juifs d’Amizmiz « avaient une allure virile et indépendante, assez rare dans ces contrées, et semblaient en très bons termes avec eux-mêmes comme avec le gouvernement » (p. 283). À propos de l’ensemble des habitants, Thomson parle d’une population « d’hommes et de femmes beaux et vigoureux » (p. 284).
Thomson consacre beaucoup plus de temps à la vallée et aux montagnes du sud. Le chapitre 20 de son livre s’intitule d’ailleurs « Glen of the Wad Amsmiz », le mot arabe « wad » désignant une rivière. Tout le chapitre raconte son exploration de la vallée fluviale d’Amizmiz, la même que parcourent aujourd’hui nos excursions (voir nos cartes). Thomson souligne l’extraordinaire beauté des lieux : « Jamais encore nous n’avions eu la chance de trouver un campement aussi charmant. Dans l’Atlas, les terrains plats couverts d’herbe verte et abrités par des arbres sont extrêmement rares ; mais ici, dans la gorge du Wad Amsmiz, nous disposions d’une ravissante pelouse pour dresser nos tentes, de magnifiques noyers pour nous offrir leur ombre, d’un torrent bruyant qui murmurait à nos pieds et de montagnes majestueuses qui nous enveloppaient de leurs bras géants tout en tempérant la chaleur tropicale. Des villages berbères voisins nous envoyaient en abondance du grain pour les mules et les chevaux, du lait, des œufs et des volailles pour nous-mêmes, ainsi que du couscous, du tajine et des galettes d’orge pour nos accompagnateurs » (p. 290-291).
1897 — R. B. Cunninghame Graham
Bontine Cunninghame Graham était un aventurier et écrivain écossais, également engagé plusieurs années en politique. En 1897, il se rendit au Maroc dans l’espoir d’atteindre Taroudant, ville méridionale de la vallée du Souss où les explorateurs précédents n’étaient pas parvenus. Graham se déguisa en médecin turc afin d’éviter les obstacles auxquels se heurtaient souvent les Européens voyageant ouvertement dans le pays. Malgré ses précautions, il n’atteignit pas Taroudant : des Berbères le retinrent prisonnier pendant quatre mois dans l’Atlas. Son livre de 1898, Mogreb-el-Acksa: a Journey in Morocco, contient de nombreuses références à Amizmiz.
À l’origine, Graham n’avait aucune intention de passer par Amizmiz. Arrivé à Mogador (l’actuelle Essaouira), il pouvait emprunter trois itinéraires vers Taroudant. Il préférait longer la côte jusqu’à Agadir, puis se diriger vers l’est, afin d’éviter la traversée de l’Atlas. Malheureusement, la tribu locale des Howara, qui contrôlait la route d’Agadir à Taroudant, était en rébellion et la voie aurait été fermée. Deux autres itinéraires restaient possibles, tous deux par les montagnes. Graham choisit d’abord la route partant d’Imintanout vers le sud. À son arrivée, il rencontra de nouvelles difficultés : mécontente du gouverneur récemment nommé, la tribu des Beni Sira avait fermé le col et tirait depuis plusieurs jours sur quiconque tentait de traverser son territoire. Pour franchir l’Atlas et atteindre Taroudant, Graham ne disposait plus que d’une voie : le col supérieur, plus difficile, vers la vallée du Souss. Cet itinéraire commençait à Amizmiz.
À son arrivée, Graham décrit ce qu’il découvre : « Nous avons traversé le Wad el Kehra et, au début de l’après-midi, attaché nos animaux sous un figuier, près d’une rivière, avec un champ de chaume devant nous et Amsmiz couronnant une colline sur notre droite. Parmi les caroubiers, les figuiers et les peupliers voltigeaient des hirondelles venues vers le sud, ou peut-être remontées d’un pays plus méridional. À l’entrée de la ville se dressait le palais du caïd, immense construction en terre peinte d’un rose pâle, mais entièrement ruinée : les murs crénelés n’étaient plus qu’un amas de décombres et les tours à mâchicoulis avaient été détruites à la poudre. Le caïd, semble-t-il, avait opprimé les habitants de la ville et du district au-delà même de ce que les Arabes et les Berbères pouvaient supporter. Ils s’étaient donc révoltés et, au nombre de douze mille, avaient assiégé le palais, l’avaient pris d’assaut puis entièrement démoli pour chercher de l’argent dans les murs » (p. 109).
« Une orangeraie adossée à une roselière dont les cannes flottaient comme des drapeaux se trouvait près de nous. Vaches, chèvres et chameaux erraient aux abords de la ville comme en Arcadie — celle de nos rêves, bien entendu, ou celle de Théocrite. »
« Des Juifs allaient et venaient, saluant chacun et recevant pour réponse : “Qu’Allah te laisse achever ta misérable vie”, mais paraissant aussi satisfaits que s’ils avaient été bénis. Leurs filles venaient au puits comme Rébecca, toutes portant des jarres, sans voile mais en sécurité, car dans ce pays peu de Maures posent les yeux sur la fille d’un Juif. »
« Sur les remparts, des silhouettes indistinctes vêtues de blanc, armées de longs fusils, vont et viennent en gardant la ville contre d’hypothétiques ennemis […] Toutes les haies portent des mûres et des clématites ; un grand chèvrefeuille en pleine floraison embaume mieux que tout Bucklersbury aux temps anciens. Le cri rauque d’un geai ressemble au hurlement d’un coyote et l’Europe paraît à un million de milles. Dans la lumière du soir, les sentiers qui découpent chaque colline brillent comme si un habile artiste les avait tous peints en mêlant du violet à de l’or » (p. 111).
Le début du XXe siècle
Au tournant du siècle, l’intérêt des explorateurs et scientifiques britanniques pour Amizmiz diminua. La géographie et la flore de sa vallée étaient désormais en grande partie documentées, et il devenait moins nécessaire d’utiliser la ville comme base pour poursuivre l’exploration de l’Atlas. Amizmiz resta néanmoins une destination culturelle appréciée des étrangers voyageant au Maroc, notamment grâce à sa proximité de Marrakech. Les photographes y virent également un lieu facilement accessible pour documenter la vie des Berbères de l’Atlas. Au début du XXe siècle, Amizmiz continua donc d’apparaître régulièrement dans les récits de voyage consacrés au pays.
The Pall Mall Magazine — 1900
L’écrivain F. G. Aflalo publia un article intitulé « Morocco, the Imperial City » dans le numéro de janvier 1900 du magazine littéraire britannique The Pall Mall. Illustré de photographies prises par l’auteur lui-même, le texte décrit Marrakech — alors également appelée Morocco City — depuis le point de vue purement littéraire d’un observateur étranger. Aflalo y mentionne « Amsmiz », où il fit étape avant de gagner l’Atlas pour rechercher une célèbre espèce de mouton sauvage :
« Au sud-ouest [de Marrakech], à l’endroit même où la grande chaîne [de l’Atlas] s’élève au-dessus de la plaine brûlante, se trouve Amsmiz, la ville des amandes, nichée dans ses bosquets parfumés et colorés. Ses barbacanes endommagées portent les traces de désaccords politiques avec la dynastie ou avec quelque tribu de pillards descendue des collines. L’histoire n’est pas mon sujet et peu m’importe laquelle de ces causes fut la bonne. Les vestiges du combat sont toutefois pittoresques » (p. 58).
Eugène Aubin — 1902
Français et grand voyageur, Eugène Aubin visita le Maroc à la fin de 1902, à une époque favorable où les relations entre le sultan et l’Europe avaient « pour la première fois ouvert dans une certaine mesure ce pays si hostile aux influences étrangères » (p. vii). Un récit anglais de ses voyages parut en 1906 sous le titre Morocco of To-day. Parmi ses nombreuses descriptions du pays, Aubin évoque Amizmiz :
« Amsmiz est une petite ville blottie au pied même de la chaîne, sur les rives d’un affluent du Nefis, dont le ravin est encadré de sommets enneigés. Les habitations en terre, dominées par un minaret carré, se serrent sur une éminence que surplombe l’ancienne kasbah du caïd de la tribu. Aujourd’hui, la kasbah n’est plus qu’un amas de ruines. Elle fut détruite à la mort du sultan Moulay el-Hassan, lorsque les tribus du sud du Maroc profitèrent, selon leur habitude, de cette occasion unique pour secouer le joug de l’autorité, se révolter contre leurs caïds et piller les Juifs. La révolte devint presque générale et seuls les chefs les plus puissants furent épargnés. Le caïd el-Masmazi jugea plus prudent de ne pas reconstruire la kasbah détruite. Il transféra sa résidence à l’extérieur de la ville, dans un azib aux murs fortifiés. Comme tous les autres caïds, il se trouve ailleurs et, en son absence, son fils Si Mohammed ould el-Hassan gouverne la tribu en qualité de khalifa » (p. 43).
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